18.05.2012
Soundiata Kéita, empereur du Mandé
Epopée mandingue :
Naissance d’une nation
1. Prologue
Une jeune femme chante:
KoMousso, Ma soeur,
Ité nson Tu ne pourrais pas me donner
Zira boulou dooni na? Quelques feuilles de baobab?
La voisine lui répond :
Ndoho, Petite sœur,
Nti son Je ne te donne pas
ziraboulou finfin na, De feuilles de baobab.
Ndoho o, Oh petite soeur
nti son Je ne te donne pas
ziraboulou finfin na. De feuilles de baobab.
Zira min natolé Le baobab qui vient d’arriver
Ne denké kamalé C’est mon jeune fils
No o kari, Qui me l’a cueilli
Boulou min natolé, Les feuilles qui viennent d’arriver
Né denké kamalé, C’est mon jeune fils
No o kari. Qui me les a cueillies.
Le choeur assiste au dialogue et entonne:
Zira, Baobab
Imadjiguin o Abaisse-toi.
Zira zira, Oh, baobab, baobab
Imadjiguin o. Abaisse-toi.
Zira Baobab
Imadjiguin, Abaisse-toi.
Zira, zira, zira Oh, Baobab, baobab, baobab
Imadjiguin o Abaisse-toi.
Zira, imadjiguin o. Baobab, oh, abaisse-toi.
Le baobab s’abaisse.
La jeune femme cueille des feuilles de l’arbre et rentre au village pour aller préparer les repas de la famille.
2. La légende
Cette jeune femme demande à une voisine quelques feuilles de baobab pour la sauce du repas du soir. La voisine ne peut pas lui en donner car elle vient de les recevoir de son fils, qui était allé les lui cueillir.
Le fils de la première femme ne peut pas en faire autant. Il n’a pas de bonnes jambes. Les siennes sont comme en coton. Il ne peut pas marcher, ni courir comme les autres jeunes gens. Il reste toujours assis. Son torse est bien fort, ses bras sont vigoureux. Mais il ne peut pas bouger. Quel destin, que va devenir, ce fils?
Ce jour-là, le fils de la jeune femme demande qu’on lui trouve un bâton bien solide. Il ne veut plus rester assis quand ses amis vont et viennent autour de lui. Il veut essayer quelque chose aujourd’hui.
Doumbouya, le forgeron, lui a apporté un épieu en fer, car il est très fort et risque de casser du bois. Le jeune homme s’entraîne à se lever.
Il retombe lourdement. Il recommence. Il s’appuie de toutes ses forces sur la barre de fer. Il tend à présent son pied gauche. Il ébauche un pas. Il tremble à cause de l’effort. Il pose le pied. Il soulève la jambe droite. Il pose le pied. Il transpire à cause des efforts. Il marche. Le miracle est possible.
Sa mère le voit de loin. Elle l’encourage de sa voix. Elle appelle les autres femmes :
Aloubo Sortez
Aloubo, Sortez
Moussolou, aloubo ! Femmes, sortez!
Soundiata tamata Soundiata est en train de marcher
Souba moussolou, Femmes de la nuit
Niagamoussolou Femmes, sorcières
Aloubo, Sortez
Sogolon Diata tamata Diata de Sogolon est en train de marcher.
Tout le monde est sorti des maisons. On les regarde. Elle répète sa chanson. Le jeune homme prend courage. Il avance lentement, tirant une jambe, puis l’autre, s’arc-boutant sur l’épieu, en sueur.
La mère l’encourage toujours par sa voix :
Tama, Diata Marche Diata
Tama, Diata Marche Diata
Itaamaa, Marche.
Tama Diata Marche Diata
Tama Diata Marche Diata
Itaama Marche.
Tout le monde le voit. Il laisse l’épieu et s’élance maintenant en avant.
La mère appelle:
Bi o, Aujourd’hui
Bi hadidè, Est un bon jour
Mansa Allah Le Seigneur Dieu
Man N’a pas créé
Bi niohonda. De jour plus beau.
Mansah Allah Le Seigneur Allah
Man N’a pas créé
Bi niohonda, De jour meilleur.
Tilébi Mansa Le Dieu du soleil couchant
Man N’a pas fait
Bi nihonda. De jour meilleur qu’aujourd’hui
La devise du Mandingue
Soundiata si Les gens du peuple de Soundiata
Si, c'est la race, le sang Traduction : Sunjata's people
Commentaires
Soundiata est un chef traditionnel qui a laissé son nom dans la légende parce qu'il a souffert d'un handicap physique au départ. Il était hémiplégique dans son enfance et personne ne faisait attention à lui. Ce miraculé est né d'une mère, Sogolon, qui portait elle-même un signe de la vie, qui disait qu'elle n'était pas comme les autres femmes. Elle était très puissante de ses bras et du haut de son corps. Elle avait une bosse au dos, comme quelqu'un qui porte un enfant au dos. On l'appelait Sogolon Kourouma, Sogolon, qui a une bosse. On disait aussi, Sogolon Kèdjou, Sogolon la vilaine. Elle ressemblait à un buffle. C'est à dire qu'elle était plus qu'une vache, c'est commun la vache, c'est un animal de la maison. Le buffle est un animal sauvage, très fort, puissant même.
La légende dit que pour la prendre comme épouse, le mari a dû la maîtriser, se battre contre elle, pour la soumettre. Elle était très forte, si farouche comme vierge, et elle ne voulait pas qu'on la touche, qu'on veuille la posséder.
Voila un trait de caractère assez typique du Mandé. Traditonnellement, les jeunes filles étaient prises au dépourvu, parfois même par rapt, pour aller être mariées. Personne ne voulait quitter la vie sans souci de l'adolescence pour aller souffrir dans un foyer. Comme elles étaient très jeunes au moment du mariage, elles ne savaient pas ce qu'étaient les relations avec l'homme, car elles n'avaient jamais entendu parler de la vie de couple, de façon précise. Elles voyaient juste des jeunes filles qui partaient du jour au lendemain, vers d'autres villages, d'autres pays. Elles ne les revoyaient parfois plus jamais. Certaines revenaient dans leur pays d'origine, transformées en mères, changées.
Epouser une jeune fille était souvent une épreuve pour les hommes. Mais elles n'y coupaient pas. Toute fille doit être mariée. Le principe du consentement n'existait pas. La famille du prétendant s'entendait avec celle de la fiancée. Une fois d'accord, on procédait secrètement aux formalités, pour ne pas avoir de surprises désagréables, telles que des fuites de jeunes filles ou même pires, des actes dramatiques. Certaines jeunes filles se tuaient plutôt que d'aller se marier. Car se marier, c'était quitter les siens, partir fonder une nouvelle famille.
C'est ainsi que l'on comprend le geste de solidarité de la soeur de Soundiata
Soundiata si Les gens de la race de Soundiata
Tè boli Ne fuient jamais.
Tè : c'est la particule de négation de bè
Quand on conjugue un verbe au présent on utilise la particule de conjugaison bè.
Exemple : m bé ta : mbéta : je pars, je m'en vais. I am going
La forme négative de bè est tè.
Du reste pour dire qu'on n'est absolument pas d'accord on dit : ntè !
Qui veut dire : je refuse de le faire. C'est très rarement utilisé.
Donc quand je dis : ntèta : je ne pars pas, je ne vais pas.
Dans tè boli, l'infinitif du verbe est kaboli. Pour le présent cela donne :
mbè boli je cours, je fuis
ibèboli tu cours
abèboli il court
anbèboli nous courons
awbèboli vous courez
oubèboli ils courent (devant un danger)
Le contraire est :
mtè boli je ne cours pas, je ne fuis pas
itèboli tu ne cours pas
atèboli il ne court pas
antèboli nous ne courons pas
awtèboli vous ne courez pas
outèboli ils ne courent pas (devant un danger).
Aiwa En avant ! Allez !
Saa La mort
Kafisa Vaut mieux
malo yé Que l’humiliation
Aiwa Allez-y ! Avancez !
Autre devise
Lanaya La confiance mutuelle
Lanaya La solidarité
Tilé bora Le soleil de la confiance brille.
Lanaya La mutualité, la solidarité
Soundiata si Peuple de Soundiata
Tilé bora C’est le jour de la solidarité
Lanaya de la confiance mutuelle.
Avertissement
Kèlèlé Par la guerre
Mandén sigui Le Mandé a été établi
Kèlèlé C’est par la guerre
Manden lo Par la guerre
Manden sigui Le Mandé a été assis
Kèlèlé Par la guerre
Manden Le Manding
Tchii ! A péri !
Autre louange en Bamanan
Soundia Diata, Soundia Diata
Daradja Djata Le Beau Diata
Soundia Diata, Soundia Diata
Daradja Djata Il est beau Diata.
Niama niama Les ordures, le tas de saleté
niama Les ordures
Fin bè bi dogo Tout peut se cacher
niama le koro Sous un tas d'ordures
niama tè dogola Les ordures ne se cachent pas
finkoro. Sous quelque chose.
Niama niama Les ordures, le tas de saleté
niama Les ordures
Fin bè bi dogo Tout peut se cacher
niama le koro Sous un tas d'ordures
niama tè dogola Les ordures ne se cachent pas
finkoro. Sous quelque chose.
Dolou ba yé Certaines mères ont mis au monde
kounkoun wolo du gros grain
kougnou kagna sans valeur
Diata ba yé sanou C'est de l'or que la mère de Diata
dé wolo a mis au monde
ko sanou nia woulèn de l'or bien brillant, bien jaune.
Safounèta woulou Le chien qui prend du savon
wouloukè mimbè safounèta Le grand mâle qui prend du savon
o déntè koloto o son fils ne laissera pas passer un os
kamalénia la vu sa bravoure
wouloukè mimbè Le grand mâle qui a l'habitude de
safounèta prendre du savon
o déntè koloto son fils ne laissera pas passer un os.
L'original de la louange en Mandingue (Khasso)
Soundia Diata, Soundia Diata
Daradja Djata Le Beau Diata
Soundia Diata, Soundia Diata
Daradja Djata I l est beau Diata.
Niagamo niagamo Les ordures, le tas de saleté
niagamo Les ordures
Fing bè si dougou Tout peut se cacher
niagamo le hoto Sous un tas d'ordures
niagamo mè dougou no Les ordures ne se cachent pas
fing hoto. Sous quelque chose.
Niagamo niagamo Les ordures, le tas de saleté
niagamo Les ordures
Fing bè si dougou Tout peut se cacher
niagamo le hoto Sous un tas d'ordures
niagamo mè dougou no Les ordures ne se cachent pas
fing hoto. Sous quelque chose.
Dolou naa ha Certaines mères ont mis au monde
kounkoun woulou du gros grain
kougnou kagna sans valeur
Diata na ha sanou C'est de l'or que la mère de Diata
lé woulou, a mis au monde, de l'or
ho sanou nia woulèn on dit de l'or bien brillant, bien jaune.
Dolou naa ha Certaines mères ont mis au monde
kounkoun woulou du gros grain
kougnou kagna sans valeur
Diata na ha sanou C'est de l'or que la mère de Diata
lé woulou, a mis au monde, de l'or
ho sanou nia woulèn on dit de l'or bien brillant, bien jaune
Safounota woulou Le chien qui prend du savon
woulou hè mim si safouno ta Le grand mâle qui prend du savon
o dingo mè khoulotou son fils ne laissera pas passer un os
khamaring niato par bravoure
woulou hè mim si Le grand mâle qui a l'habitude de
safouno ta prendre du savon
o ding mè khoulotou ses fils ne laisseront pas passer un os.
khamaring niato tellement ils seront braves.
Hymne de l'empire du Sosso
Dali yo sosso
Daliyo lambé
Dali yo sosso
Daliyo taguééé !
Woyi tagué
tandoum bara tandou
Ah tagué
10:18 Écrit par natou dans Histoire de la diaspora noire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : soundiata, keita, empire, empereur, mandingue |
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16.05.2012
Diarra Kolobakari, mon beau prince
Sitan ni Waraba
La jolie princesse était en âge de se marier depuis plusieurs lunes. Tous les jeunes gens du pays se rendaient à la cour du roi pour présenter leurs colas. Les uns à dos de chameaux arrivaient des pays du nord et apportaient par centaines d'ânes du sel, de la viande séchée, des figues et des dattes délicieuses.
D'autres, de pays plus proches s'acheminaient vers les palais en cohortes multicolores, devancés par des tamtams de toutes les formes: des tambours, des djembés, des tabalas. Les griots et leurs épouses chantaient les louanges de la belle princesse Sitan, mêlant ses qualités et les noms de ses grands-parents à ceux des jeunes prétendants. La cour fourmillait de monde.Tous voulaient savoir qui Sitan choisirait comme mari. La foule des concurrents se mêlait à celle de la cour pour former un immense cercle, réservant la place centrale au futur élu.
Soudain, le tamtam de cérémonie retentit, demandant le silence avec autorité. Sitan désirait transmettre un message. La griotte de la princesse annonça à toute l'assistance : «la princesse Sitan épousera l'homme qui pourra prouver qu'il ne porte aucune cicatrice, aucune trace de blessure ancienne ni récente. Que celui qui, dans le royaume de son père n'a jamais reçu un seul coup de lance, une seule piqûre de moustique, n'a jamais été blessé se présente. Elle réserve son coeur.»
Le silence se fit dans la grande assemblée. Les yeux inquiets des prétendants interrogeaient ceux encore plus hagards de leurs accompagnateurs. Comment un homme peut-il être un brave guerrier sans recevoir un seul coup de lance? Un chasseur peut être mordu par une bête sauvage. Sa morsure, si elle guérit, laissera sûrement sur le corps du malheureux chasseur une cicatrice dont il sera fier. Faut-il désormais avoir honte de ses cicatrices? Le soir où les tambours ont annoncé la décision de la princesse, presque tous les prétendants malheureux étaient rentrés déçus et rompus de fatigue dans leurs familles.
La princesse avait une sœur du nom de Minamba. Minamba était une curieuse sorcière qui se transforme en une mouche silencieuse. C'est elle qui entrera sous les boubous des jeunes gens, les chatouillant, les piquant mais surtout qui cherchera à voir s'ils portent des cicatrices cachées sous leurs habits ou sous leurs parures d'or et d'argent.
Waraba le lion, roi des animaux apprit dans sa tanière les nouvelles du pays des hommes. Waraba était depuis longtemps amoureux de Sitan. Il admirait souvent cette enfant le soir au bord du fleuve, quand elle partait puiser de l'eau avec ses amies. Waraba lui aussi voulait épouser la princesse Sitan.
A la cour du roi la petite mouche Minamba a eu fort à faire avec tous ces cavaliers et ces guerriers rassemblés. Elle ressortait toujours de sous les habits en voletant. Puis elle se rendait auprès de sa sœur et lui disait : «Sœur, aucun de ces hommes ne sera ton mari.»
Des années s'écoulèrent. Les jeunes gens voulaient toujours conquérir le cœur de la princesse. Cette fois, le soir tombait presque sur les jeunes gens déçus et leurs suites, lorsque soudain un grondement de tamtams annonça l'arrivée d'un invité imprévu. Tout le monde se tourna vers les portes du palais pour voir qui était cet impressionnant jeune homme tout de blanc vêtu qui avançait avec assurance au milieu d'amis et de musiciens tout aussi richement habillés.
Dès qu'elle apprit la nouvelle de l'arrivée du prince étranger à la cour, la petite sorcière Minamba se transforma de nouveau en mouche et s'empressa de se glisser sous le boubou de l'hôte, fouinant par-ci, par-là. Intriguée, elle courut auprès de sa sœur aînée. «Sœur, lui dit-elle, cet homme n'a pas de défauts. Il n'a pas de cicatrices. Mais il n'a pas une odeur d'homme. Il sent le fauve.»
«Espèce de petite peste, répondit la sœur, tu ne seras donc jamais satisfaite? Tu ne veux pas que ta sœur se marie un jour? Tu leur trouves toujours des défauts. Cet homme semble parfait. Je tiendrai parole. Je l'épouserai s'il n'a pas de cicatrice. Fais-le annoncer à toute l'assistance.»
Quand le roi apprit la décision de sa fille d'épouser celui qui n'a pas de cicatrice il exulta, fit venir ses meilleurs guerriers, ses meilleurs hommes. L'on rassembla le bétail par milliers de têtes, des juments de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des serviteurs et une multitude de musiciens, de chanteurs et de batteurs de tamtams. Le roi voulait donner à cette fête un éclat particulier. On dansa et mangea pendant deux jours et deux nuits avant de préparer le retour au pays du prince étranger.
Le jour du départ, la princesse prit place sur une jument à côté de son fiancé et toute la foule se dirigea vers les portes du palais. Pendant trois jours et trois nuits ils chevauchèrent dans la savane dépassant des champs et des rivières connues. Puis à l'aube du quatrième jour, le sans-cicatrice demanda à sa femm :«Femme, connais-tu cette région?» Non en vérité, prince, cette région m'est étrangère. «Eh bien princesse, nous sommes désormais dans notre royaume. Ces grottes que tu vois, ce sont mes palais. Je suis en effet Waraba, le lion, roi des animaux. J'ai entendu ton nom et j'ai aimé ton histoire. Je te demande de vivre avec moi et de donner à ces grottes austères l'éclat que je vois luire dans tes yeux.»
Puis le prince descendit de cheval. Il toucha un grand arbre et se transforma en un vrai lion. La princesse comprit soudain les remarques de sa sœur Minamba : le prince avait une odeur de fauve malgré son apparence d'homme. Elle avait épousé le lion!
«Prince, je t'épouserai puisque j'ai donné ma parole. Je serai ta femme et nous vivrons ensemble. Une princesse mandingue n'a qu'une parole.»
Sitan devint donc la femme de Waraba. Ils eurent même une petite fille adorée de tous. Dans le palais du roi des animaux les tamtams des serviteurs de la forêt se mêlaient à ceux de la savane. Waraba le lion avait repris le chemin de la chasse. Chaque jour il s'en allait chasser avec son escorte de gardes. Quand ils avaient rassemblé assez d'antilopes, de gazelles et de biches dans leurs gibecières immenses, le lion prévenait sa femme par ce chant :
Sogoye, sogoye, Sitan!
Voilà le gibier, voilà de la viande, Sitan.
Mais chaque fois qu'elle entendait ce chant de triomphe, elle tremblait d'effroi et répondait :
Dén bèn nsénkan, makè!
Je porte l'enfant sur mes genoux, mon époux.»
Le lion ordonnait alors, toujours en chantant :
A bla sanou kalaka kaan, Sitan
Couche-le donc sur le lit en or, Sitan.
Sanou kalaka ma karinayéé, makè
J'ai peur que le lit en or se casse, qu'elle tombe, mon époux».
A bla wari kalaka kaan, Sitan
Couche-le donc sur le lit en argent, Sitan.
Wari kalaka ma karinayéé, makè
J'ai peur que le lit en argent se casse, qu'elle tombe,
Sogoye, sogoye, Sitan!
Viens chercher la viande, Sitan, ordonnait le lion.
Dén bèn nsénkan, makè!
Je porte l'enfant sur mes genoux, mon époux.
Chaque fois que le lion rentrait de la chasse il sentait encore plus fort le fauve et faisait peur à sa femme, Sitan.Un jour furieux, le lion dit à sa femme : «la prochaine fois que je t'appellerai pour que tu viennes chercher la viande, je ne t'attendrai pas longtemps. Si tu ne viens pas aussitôt, je me fâcherai très fort contre toi.»
Sitan prit peur ce jour-là. Elle se mit devant la porte du palais de Waraba et pensa très longtemps à ce qui lui arrivait. Elle revit sa sœur, la foule des danseurs.
Elle eut envie de fuir, de partir retrouver les siens. Elle voulait retourner chez ses parents mais ne souvenait plus du chemin après tant d'années passées au palais de Waraba.
Minamba la petite sorcière n'était pas tranquille depuis le mariage de sa soeur. Elle voulait savoir comment sa sœur, une princesse si digne pouvait épouser un animal même royal.
Elle décida donc un jour d'aller lui rendre visite au royaume des lions. Elle se transforma comme d'habitude en mouche et se mit en route pour le royaume de Waraba.
Sur le seuil du palais, elle entendit le lion chanter le retour de chasse, le même chant qui effrayait tans sa sœur. Quand la princesse répondit qu'elle portait l'enfant, la petite mouche comprit que sa soeur était en danger. Elle décida de lui porter secours.
Le lendemain quand le lion était loin, les deux soeurs, après force accolades se mirent en route pour le pays des hommes.
Le lion fut surpris ce jour-là en rentrant chez lui de constater que la princesse Sitant ne répondait pas à son appel. Comme il n'aimait pas cela!
Il entra dans une grande colère et se précipita dans le palais prêt à bondir sur sa femme. Heureusement pour la princesse Sitan, mais c'était tout juste malheureux pour le lion, li n'y avait plus personne dans le palais ce jour-là. Le lion comprit que sa femme l'avait quitté. Quel désespoir pour le roi.
Il fit rassembler une meute puissante et se mit en quête de la princesse, parcourant des centaines de paysages différents où les traces du passage de Sitan et de sa soeur étaient encore fraîches. Il finit par la rattraper par une jambe juste au moment où elle s'apprêtait à franchir le seuil du palais.
«Tchô, femme! Je te retrouve enfin. Reviens chez toi. Je te tiens par la jambe. Je ne te laisserai plus partir.»
Mais Minamba la petite sœur si maligne lui fit croire autre chose. «Non, prince, tu te trompes. Ce que tu tiens n'est pas ma jambe. C'est une grosse liane de la haiedes terres de mon père». Le prince-lion lâcha la jambe et attrapa une liane qui se trouvait à côté de sa patte. La princesse Sitan s'échappa de l'étreinte du lion et s'enfuit dans le palais du roi, son père.
Et c'est depuis ce jour que les jeunes filles sont plus raisonnables dans le choix d'un mari. Elles se contentent des hommes, bien qu'ils ne soient pas parfaits.
09:53 Écrit par natou dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lion, waraba, diarra, sitan, forêt, brousse |
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15.05.2012
Malou Mangafé, un conte mandingue
La chanson du fleuve
La princesse s’appelait Malou Mangafé, c’est-à-dire «la Rizière», le champ de riz, au Khasso, en pays mandingue. Elle était belle et tous les jeunes gens du pays voulaient en faire leur femme. Mais Malou Mangafé n’aimait qu’un seul homme. C’était Sara, son frère qu’elle aimait par-dessus tout et qui lui rendait bien la pareille. Mais un homme peut-il épouser sa soeur? se demandait-on dans le pays. A cela, elle répondait toujours: «Si n’épouse pas Sara, je me marierai jamais».
Sara partait tous les jours travailler avec les autres hommes dans les champs du roi situés de l’autre côté du fleuve. Toutes les jeunes filles du royaume voulaient bien plaire à ce prince si vaillant. A l’heure où les hommes s’arrêtaient de travailler pour manger, toutes les jeunes filles couraient au bord du fleuve, avec une calebasse sur la tête, pour porter à manger au Prince du Khasso.
Ainsi, une fois arrivées sur la berge, elles chantaient pour les appeler. C’était toujours Foundi Mangafé qui venait la première. Foundi Mangafé, c’est la soeur qui s’appelle «le Champ de fonio».
Foundi Mangafé appelait ainsi: Sara o, Sara o!
Sara o, Sara o!
Et quand le fleuve entendait la voix si mélodieuse de la jeune fille, lui aussi était heureux. Il rythmait le chant en faisant: Timbonbon, Timbonbon
Elle reprenait: Sara o, Sara o
Nna ho, hon hana kino ti ! Ma mère dit de t’apporter du riz.
Et l’eau chantait toujours joyeusement: Timbonbon, Timbonbon
Elle annonçait : Nfa ho, hon hana kino ti ! Mon père m’envoie t’apporter du riz.
Et le fleuve rythmait en faisant : Timbonbon, Timbonbon
Alors Sara demandait : Dioman mou ?
Et le fleuve accompagnait toujours en chantant :
Timbonbon
Timbonbon
La jeune fille répondait :
I doho Foundi Mangafé lémou ! C’est ta soeur Foundi Mangafé.
Et le fleuve accompagnait toujours avec :Timbonbon Timbonbon
Le prince lui ordonnait aussitôt :
Sagati nnalouyen, Retourne avec pour nos pères
Sagati nfaalouyen, Repars avec pour nos mères
Ndoho Malou Mangafé hana. Que ma sœur Malou Mangafé vienne
Et le fleuve l’accompagnait toujours avec : Timbonbon, Timbonbon
La jeune fille était déçue. Elle repartait avec le repas au village. Si une autre jeune fille venait également, il la faisait retourner. Mais il fallait bien que les hommes mangent ! Donc on faisait venir Malou Mangafé.
A son tour Malou Mangafé allait donner à manger aux hommes. Elle se mettait sur la rive du fleuve et chantait comme les autres jeunes filles. Dès qu’il entendait le nom de Malou Mangafé, Sara répondait :
Na ta ti, nnalouyén. Apporte-le, au nom de nos mères,
Et le fleuve accompagnait la chanson : Timbonbon, Timbonbon
Le jeune homme disait alors :
Natati, nfalouyén. Apporte-le, au nom de nos pères
Ndoho Malou Mangafé lémou. C’est la sœur Malou Mangafé
Ndoho Malou Mangafé hana. Ma soeur Malou Mangafé doit venir !
Brusquement une énorme vague d’eau s'est élevée par-dessus la tête des invités et des fiancés. Elle a ébranlé toute la pirogue, bouleversé les provisions, brisé les amarres, démoli toute la coque. Le peuple, le bétail, les vivres, tout est broyé.
Les plats de riz sont aussitôt transformés en sable, ce sable fin des berges du Khasso. Les morceaux de viande sont devenus des pierres, ces pierres si dangereuses qui pointent encore sous les pieds, dans l’eau. Le peuple a disparu. Il est soudain remplacé par un troupeau d’hippopotames. Sara et Malou Mangafé ne sont plus comme nous. Ils sont deux grands rochers d’une même île. Mais c’est en leur honneur que le fleuve continue à chanter :
Timbonbon
Timbonbon
Timbonbon
Timbonbon
Timbonbon
Timbonbon
Et depuis ce jour, nul n’épouse sa soeur au Khasso, en pays mandingue.
Tentative English version: The river's song
The princess was called Malou Mangafé, that means “the rice field”, in Khasso, in the Mandingo country. She was beautiful and all the young people of the country wanted to marry her. Malou Mangafé liked only one man, Sara, her brother. She loved Sara above all and Sara loved her too. But is it possible that a man marries his sister? People were wondering about that situation in the country. To this, she used to say: "If Sara does not marry me, I'll never marry any other man in this country."
Sara used to go work every day with other men in the king's fields located at the other side of the river. All the girls in the kingdom were in love with the prince. At a time when men would stop work and eat, all the girls used to run towards the river, carrying the food in a calabash set on their head. They had to bring food to the Prince of Khasso.
Thus, once they got on shore, they used to sing. It was always Foundi Mangafé who came first. Foundi Mangafé is the sister who is called "Field of Fonio."
Foundi Mangafé called : O Sara, Sara o!
And when the river heard the melodious voice of the girl, he was happy. He sang: Timbonbon, Timbonbon
She continued: Nna ho hon hana kinoti ! My mother told me to bring you rice.
And water was always singing joyously: Timbonbon, Timbonbon
She said: Nfa ho hon hana kinoti ! My father sent me to bring you rice.
And the river kept on singing : Timbonbon, Timbonbon
Then Sara asked: joman mu? Who are you?
And the river was still singing: Timbonbon, Timbonbon
Fundi Mangafe answered: E doho fundi Mangafe lemu! I am Fundi Mangafe, your sister.
And the river always accompanied with: Timbonbon, Timbonbon
The prince ordered her immediately: Sagati nnaluyen, return with it for our fathers
Sagati nfaalouyen, return with it for our mothers
Ndoho Malou Mangafé hana. Tell Sister Malou Mangafé to come
And the river always accompanied with: Timbonbon, Timbonbon
The girl was disappointed. She left the riverside with the meal. If another girl also goes to the river, he would tell her the same advice. But the men must eat! So let them call Malou Mangafe.
Then Malu Mangafe brings the food to the working men. She goes to the river bank and sings like the other girls.
As soon as he heard the name Malu Mangafe, Sara would reply :
Natati, nnaluyen. Bring it on behalf of our mothers,
And the river accompanied the song: Timbonbon, Timbonbon
Natati, nfaluyen. Bring it on behalf of our fathers
Ndoho Malou Mangafe lemu! Here comes my sister Malu Mangafe
Ndoho Malou Mangafe hana! Let my sister Malou Mangafé come to me
He rowed with all his strength to cross the river, took Malou Mangafé on his big boat and brought her to other workers. All of them ate well and they continued working.
Time passed. The girls were unhappy because the Prince did not want to marry them. No young man in the country was lucky enough to be loved by Princess Malou Mangafe . Their mother tried to speak to both children. She asked them to change their minds. In vain. As the young were inseparable, the king decided that they should marry each other. Large celebrations were then held. On this occasion, the king offered them half the kingdom, the portion with the fields. They were also given all things in hundreds: livestock, goods, cereals. People danced and sang for three days and three nights in palaces and poor huts. After the fourth day, they loaded all the gifts on huge canoes. The procession set off to the other side of the river.
When he reached the middle of the river, Malou Mangafé stood up and sang: Sara Sara o o
The river was also answering cheerfully:
Timbonbon
Timbonbon
She touched her brother's hand, raised his arm and sang: Sara Sara o o
The river replied: Timbonbon, Timbonbon
She continued her song:
Nna ho hon hana kinoti. My mother said to bring you some rice.
Nfa ho hon hana kinoti. My father said to bring you rice.
Sara asked as usual: Joman mu? Which of you is here?
Malou Mangafé replied: E doho Malu Mangafa lamu. I am your sister Malu Mangafa
And Sara said : Ndoho Malu Mangafa hene ! Let my sister Malu Mangafa come !
Suddenly a huge wave raised over the heads of the guests and engaged the just married ones. It shook the whole boat, upset provisions, broke the moorings, demolished the entire hull. The people, livestock, food, everything is crushed.
All the food, all the rice are soon transformed into sand, this sandy shoreline spread near the rivers in Khasso. The pieces of meat have become stones, these stones are so dangerous that they hurt the feet when one walks into water. The whole people have disappeared. They are suddenly replaced by a herd of hippos. Sara and Malou Mangafa are no more like us. They are now standing as two great rocks on an island. But the river continues to sing:
Timbonbon, Timbonbon,
Timbonbon, Timbonbon,
Timbonbon, Timbonbon
And since that day, no one gets married with his sister in Khasso, in the Mandingo country.
Merci Google pour l'assistance à la traduction en anglais.
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10:54 Écrit par natou dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conte, zirin, kazirinda |
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